lettre ouverte d’une AVS au Ministère de l’Éducation Nationale

Nous publions, avec son autorisation, cette lettre ouverte de  Karine Maigret, AVS, que nous avons rencontré le 16 juin dernier lors de la journée Tous Pas Pareils Tous Egaux.

J’ai exercé la fonction d’Auxiliaire de Vie Scolaire (AVS) pendant deux ans (2016-2018) dans le cadre d’un contrat unique d’insertion (CUI) dans des conditions qui me paraissent indignes tant pour les AVS que pour les enfants en situation de handicap dont nous avons la charge.
C’est pourquoi je souhaiterais attirer votre attention sur quelques points concernant notre
profession.

L’inclusion des enfants en situation de handicap dans les établissements scolaires traditionnels nécessite un accompagnement par une/un AVS.
En effet, les établissements spécialisés de type IME (institut médico-éducatif) ou ITEP (institut thérapeutique éducatif et pédagogique) sont saturés, et les demandes de placement en milieu scolaire ordinaire affluent. Il y a donc un besoin crucial d’AVS.
Voilà plus de 10 ans que la « fonction » d’AVS a été créée. Or, nous ne bénéficions toujours pas d’un véritable statut qui nous assure un contrat à durée indéterminée, d’où la nécessité de faire de cette ébauche de métier, un vrai métier digne de ce nom.

Assurer la fonction d’AVS pendant deux ans, soit la durée d’un contrat CUI, est une excellente manière de s’insérer ou de se réinsérer dans le monde du travail. Ce genre d’expérience est un tremplin pour s’engager ensuite dans une voie professionnelle plus sérieuse qui offre de vrais débouchés dans le monde du travail.
En revanche, s’éterniser dans une voie aussi précaire c’est valider tout un ensemble d’injustices sociales, tels un salaire de misère (687 euros net par mois) et un contrat court qui n’assure pas la sécurité de l’emploi. Sans compter le manque de la reconnaissance à l’égard de cette profession, et le manque de respect de l’enfant en situation de handicap dont on néglige quelque peu les intérêts et les besoins.

En effet, je connais une AVS qui en l’espace de deux mois a changé trois fois d’école !
Comment peut-on parler de suivi pédagogique dans de telles conditions ? Sans compter que l’on néglige les liens affectifs qui se sont tissés entre l’enfant et son AVS.
Or, certains enfants autistes par exemple sont extrêmement sensibles au changement et cela perturbe considérablement leur évolution.
Quel est ce système qui ne se soucie pas du travail fait en amont par l’enseignant et l’AVS tant sur le plan humain que sur le plan de la mise en place d’outils permettant à l’enfant de progresser et d’évoluer dans son parcours ?
Je n’appelle pas cela prendre en compte les intérêts de l’enfant.
Les enfants en situation de handicap ont droit à une éducation digne de ce nom autant que les enfants dits « normaux ».
Serait-ce une forme de discrimination…. ? Je ne suis pas loin de le penser.

Actuellement, la fonction d’AVS est une ébauche de métier, pas un métier en soi. Il revient donc au gouvernement de professionnaliser la profession ou plutôt de créer le métier tout court.
A l’heure actuelle, n’importe qui peut prétendre exercer la fonction d’AVS. Il suffit pour cela d’être inscrit au pôle emploi, d’envoyer une lettre de motivation même truffée de fautes d’orthographe ainsi qu’un C.V au Ministère de l’Education nationale ou à l’Inspection de l’Education nationale de votre commune, d’être convoqué afin de passer un entretien et le tour est joué !
Aucun diplôme particulier n’est requis. La fonction est ouverte au tout venant !

Or, on ne s’engage pas dans le monde de l’enfance la fleur au fusil. C’est un monde particulier où chacun doit trouver sa place et son rôle à jouer. D’autant que nous sommes confrontés à des enfants souffrant de pathologies lourdes.
De plus, il n’existe pas à ma connaissance de métiers où l’employé n’a pas suivi de formation au préalable avant d’entrer en fonction.
L’évolution de ce « métier » implique une solide formation qualifiante qui se solderait par un examen et l’obtention d’un diplôme reconnu par l’état.
Le professeur serait alors rassuré d’avoir à faire à un/une AVS formé(e) qui connait sa mission, les parents seraient également tranquillisés de confier ce qu’ils ont de plus cher au monde à un/une AVS qualifié(e).
Parfois, les professeurs sont confrontés à des situations fort embarrassantes où l’AVS est totalement démuni(e) face à la mission qu’on lui a confiée et le professeur est contraint de gérer sa classe, l’enfant en situation de handicap, ainsi qu’un/une AVS désespéré(e).

En tant qu’AVS on se trouve confronté à des enfants qui souffrent de tous types de pathologies plus ou moins lourdes telles que la trisomie, l’autisme, et les troubles du comportement, ce qui ne laisse guère le choix à l’improvisation. Or, c’est pourtant à cela que nous en sommes réduits, puisque ni le  professeur ni l’AVS ne sont formés pour gérer une telle situation, ce qui est une aberration en soi.
La plupart des AVS reçoivent une formation quelques mois avant la fin de leur contrat, ce qui est sans intérêt.
Parmi les AVS, on trouve des personnes qui ont le BAC+5, d’autres qui n’ont aucun diplôme et d’autres encore qui maîtrisent un français plus qu’improbable.
Il ne peut exister un tel écart sur le plan culturel entre les employés au sein d’une même profession.
On a vraiment le sentiment qu’il s’agit d’une profession « fourre-tout » qui concentre toutes sortes de profils.
D’autre part, la reconnaissance de notre fonction passe par l’obtention d’une formation diplômante reconnue par l’état. Nous serions également mieux considérés par l’équipe pédagogique avec laquelle nous travaillons. Je connais une AVS qui s’est vue refuser l’entrée dans la salle des maîtres pour déjeuner car elle n’était qu’une « AVS » et pas un professeur !
Actuellement, la seule reconnaissance que l’on ait provient des parents et des enfants.
L’obtention d’un diplôme entraînerait également une hausse de salaire qui serait tout à fait justifiée.
Cependant, pour ce faire, il faudrait étoffer quelque peu le rôle de l’AVS. Je pense en effet, que notre mission pédagogique est quelque peu réduite, alors que cette profession mériterait plus d’investissement et d’engagement. Il faudrait que l’on ait la possibilité de prendre plus d’initiatives dans nos interventions auprès de l’enfant dont nous avons la charge. Pourquoi ne pas réserver à l’AVS l’initiative de transmettre l’enseignement du professeur à l’enfant handicapé par la mise en place d’outils pédagogiques élaborée par ses soins ? Cela participerait à la revalorisation et à la reconsidération de la profession d’AVS.

En résumé, ce métier pourrait être une formidable aventure humaine, mais peu à peu
l’enthousiasme et l’énergie que l’on déploie fait place au désintérêt et à la lassitude suite aux déceptions rencontrées dans l’exercice de notre fonction.
Sachez que l’ensemble des AVS, les parents d’enfants en situation de handicap ainsi que l’ensemble des équipes pédagogiques des établissements scolaires sont en colère et exigent du gouvernement des mesures concrètes concernant l’avenir et le statut des AVS en vue d’un meilleur suivi pédagogique des enfants en situation de handicap.
Je vous suis infiniment reconnaissante de l’attention que vous porterez à ma lettre.

Je vous prie Monsieur le Ministre, d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués.

 

Mademoiselle Maigret Karine